Au Sénégal, les cantines scolaires deviennent un levier de souveraineté alimentaire

Et si les cantines scolaires pouvaient à la fois mieux nourrir les enfants, soutenir les agriculteurs locaux et dynamiser l’économie des territoires ?

Dans le département de Rufisque, au Sénégal, c’est le pari du projet RePAS – Relocalisation de l’alimentation et Promotion de l’Agroécologie pour un Système alimentaire résilient. Porté par le Grdr, en partenariat avec CICODEV Africa, ce projet est soutenu par le CFSI dans le cadre du programme Promotion de l’agriculture familiale en Afrique de l’Ouest (Pafao). Il montre qu’en repensant l’approvisionnement des cantines scolaires, il est possible de transformer durablement les systèmes alimentaires locaux.

L’idée est simple : relier les cantines scolaires aux producteurs locaux grâce à des circuits courts. Une approche qui bénéficie à la fois aux élèves, aux agriculteurs et aux collectivités.

Les cantines scolaires, un débouché pour l’agriculture familiale

Au départ du projet, un constat : les cantines scolaires représentent un marché important et régulier. Si elles s’approvisionnent localement, elles peuvent devenir un levier puissant pour soutenir l’agriculture familiale.

À Rufisque, au Sénégal, le dispositif repose sur des cuisines centrales communales. Ces structures permettent de préparer les repas pour plusieurs écoles, de contractualiser avec des organisations de producteurs et de garantir des volumes d’achat suffisants.

Les résultats sont déjà visibles :

  • 43 % des dépenses alimentaires des cantines concernées sont consacrées à des produits locaux (céréales, légumes, viande) ;

  • 140 producteurs, 50 transformatrices issues de cinq groupements de femmes et six commerçants locaux participent aujourd’hui à ces circuits d’approvisionnement ;

  • 30 % du budget est consacré à la rémunération des cuisinières.

Les cantines deviennent ainsi un véritable moteur de relocalisation de l’alimentation, tout en offrant aux collectivités territoriales un outil concret pour mettre en œuvre des politiques alimentaires locales.

Trois cuisines centrales déjà en activité

Entre janvier 2020 et juillet 2024, 3 cuisines centrales ont été mises en place dans le département de Rufisque :

  • à Rufisque Est, au sein du lycée moderne,

  • à Yene,

  • à Bambilor.

Durant l’année scolaire 2023-2024, ces cuisines ont permis de servir 218 265 repas dans 18 écoles, au bénéfice de 4 260 élèves.

La cuisine centrale de Rufisque Est a, à elle seule, livré 127 560 repas à 10 écoles, avec un coût moyen d’environ 0,37 € par repas. À Yene, l’élargissement du nombre d’écoles bénéficiaires a permis de réduire ce coût à 0,33 € par repas.

Une quatrième cuisine centrale est entrée en service à Bargny en avril 2025, preuve de l’intérêt croissant des communes pour ce modèle.

Un financement largement assuré au niveau local

Autre enseignement important du projet : les cantines scolaires peuvent être financées en grande partie par les acteurs locaux.

Aujourd’hui, près de 75 % du financement des cuisines centrales provient de ressources locales, combinant :

  • les contributions des collectivités territoriales,

  • les cotisations des parents d’élèves,

  • des partenariats avec des entreprises locales engagées dans des démarches de responsabilité sociale.

Durant l’année scolaire 2024-2025, la cuisine centrale de Rufisque Est a même été financée à 100 %.

Mieux manger à l’école

Le projet ne se limite pas à l’approvisionnement. Il agit aussi sur la qualité nutritionnelle des repas proposés aux élèves.

Des diagnostics réalisés auprès de 20 restauratrices et vendeuses de table ont mis en évidence plusieurs défis :

  • une offre souvent trop riche en produits sucrés ou salés,

  • un manque de légumes dans les repas vendus autour des écoles,

  • des questions d’hygiène et d’organisation.

Pour y répondre, un programme d’accompagnement a été mis en place afin de renforcer les compétences des restauratrices, diversifier les menus et encourager la consommation de produits locaux.

L’alimentation scolaire au cœur des politiques publiques

Au-delà des actions locales, le projet RePAS contribue également à faire évoluer les politiques publiques au Sénégal.

Dans un contexte politique renouvelé depuis les élections de 2024, les partenaires du projet ont intensifié leur dialogue avec les décideurs pour promouvoir une politique nationale d’alimentation scolaire fondée sur la production locale.

Plusieurs avancées sont en cours :

  • la finalisation d’une stratégie nationale pour l’alimentation scolaire,

  • l’élaboration d’un projet de loi dédié aux cantines scolaires,

  • une reconnaissance croissante du rôle des collectivités territoriales dans la gouvernance des systèmes alimentaires.

Soutenir des systèmes alimentaires plus justes

L’expérience menée à Rufisque montre qu’il est possible de relier cantines scolaires, agriculture familiale et développement local. En favorisant les circuits courts et en impliquant les acteurs des territoires, ces initiatives contribuent à améliorer l’alimentation des enfants tout en soutenant les producteurs et productrices locaux.

À travers son programme Pafao, le CFSI agit aux côtés de nombreuses organisations partenaires pour accompagner ces dynamiques et faire émerger des systèmes alimentaires plus durables et solidaires.

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