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Covid-19 – Quelle situation en Afrique de l’Ouest ? | Comité Français pour la Solidarité Internationale

Covid-19 – Quelle situation en Afrique de l’Ouest ?

Retour de terrain

Vente en kiosque, Burkina Faso © Upromabio

Dans une tribune parue le 23 avril dernier, 100 membres de Cités Unies France, association nationale qui regroupe les collectivités territoriales françaises engagées dans l’action internationale depuis 1975, rappelaient qu’« agir localement tout en garantissant une action internationale, c’est la voie pour que cette lutte soit efficace et, surtout, pour éviter la propagation du virus dans des zones pour le moment encore peu touchées. » À cet effet, l’association annonçait avoir lancé « un fonds de solidarité, alimenté par les collectivités françaises, destiné à soutenir les collectivités territoriales africaines dans leurs efforts quotidiens pour venir en appui à la population avant, pendant, mais aussi après la crise » (source : « Nous, élus locaux de France, sommes particulièrement inquiets pour le continent africain » le Monde Afrique, 23 avril 2020).

En tant qu’acteur de la coopération et de la solidarité internationale, le CFSI souhaite faire écho à cet appel, en relayant une série de témoignages recueillis du 2 au 15 avril 2020 sur la situation dans les pays où il est présent à travers l’action de ses membres et partenaires.

Une crise sanitaire qui menace la sécurité alimentaire et les exploitations familiales …

La perturbation de la chaîne d’approvisionnement alimentaire fait craindre une augmentation de la sous-nutrition et de la malnutrition du fait de la flambée des prix sur certaines denrées, l’impossibilité pour les enfants d’accéder à la cantine scolaire, l’appauvrissement des paysannes et paysans réduits à laisser pourrir leurs récoltes sans possibilité d’accéder aux marchés.

« La fermeture des marchés hebdomadaires affecte sévèrement beaucoup d'exploitations familiales ; la baisse de mobilité entraîne la fermeture de plusieurs restaurants insérés dans les chaînes de produits locaux. Quand ceux qui produisent l'essentiel des denrées vivrières et qui représentent plus de 60% des consommateurs de produits alimentaires sont "touchés", il y a problème. La solution durable est de permettre aux paysannes et paysans de produire et de maintenir leur pouvoir d’achat. » Mar Ngom, FONGS (Sénégal). Pour en savoir plus, lire l’article « Innover face à la crise avec Acting For Life ».

 « Pour les producteurs, la situation devient très difficile car les ventes ont beaucoup baissé sur les marchés ruraux. Autant dire que les légumes et autres récoltes périssables seront majoritairement perdus après plusieurs mois de durs labeurs. » Karfa Diallo, Enda Pronat (Sénégal).

…  et qui exacerbe les inégalités sociales

Dans les quartiers pauvres qui accueillent 70 % des habitants des villes, sans accès à l’eau potable, impossible de respecter ni le confinement, ni les gestes barrières. Chargées de la famille mais aussi des petits commerces informels de rue ou du transport de l’eau, les femmes sont en première ligne face au virus.

« Si la situation risque d’être pire dans les zones rurales car tous les marchés hebdomadaires arrêtés constituent les rares activités économiques d'envergure, ce sont les quartiers populaires de la capitale qui constituent de véritables poudrières. Le secteur informel [NDLA: sur lequel repose 80 % de l’économie africaine] assure à la majorité des familles de ces quartiers des revenus indispensables à l'accès à la nourriture. Il y a déjà beaucoup d'actes de défiance au couvre-feu, et tout autre resserrement du confinement peut déclencher un soulèvement. » Karfa Diallo, Enda Pronat (Sénégal)

« Pour l’unité de transformation du bissap, chaque année nous recrutons 20 femmes mais cette année nous n’en avons pris que 10. Pour la transformation de la mangue, on emploie 60 femmes, cette année ce sera 30. Notre production va chuter de 50 %. » Eugène Millogo, Upromabio (Burkina Faso). Pour en savoir plus, lire l’article « Au Sénégal, les femmes transformatrices de poisson en grande difficulté ».

« Des éleveurs sont déjà obligés de vendre à moitié prix leur production. Il arrive même qu'ils troquent. En fait, ils sont en train de décapitaliser pour faire face à la situation. On entrera bientôt dans une situation de crise. » Adja Sene, Apess (Sénégal). Pour en savoir plus, lire l’article « Covid-19 et crise laitière : N’exportons pas nos problèmes ! ».

Innover pour rendre les produits locaux accessibles à toutes et tous

Les structures soutenues par le programme Promotion de l’agriculture familiale en Afrique de l’Ouest (Pafao) se mobilisent pour innover et faire en sorte que les produits locaux soient distribués et accessibles à ceux qui en ont besoin.

Cette crise sanitaire questionne nos modèles de production, de consommation et de transactions, en particulier pour les produits agricoles. Le modèle productiviste, dans un système mondialisé dérégulé, dégrade les écosystèmes et représente une impasse pour la pérennité et le développement de l’agriculture familiale. Les systèmes alimentaires durables fondés sur une gestion économe des ressources naturelles sont une nécessité et une réelle opportunité pour les économies rurales. » Estelle Dandoy, Acting For Life (Burkina Faso, Togo). Pour en savoir plus, lire l’article « Innover face à la crise avec Acting For Life ».

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