L’« agriculture intelligente face au climat » : un alibi pour ne rien changer ?

L’« agriculture intelligente face au climat » : un alibi pour ne rien changer ?

A quelques semaines de la Conférence internationale sur le climat à Paris, l’agriculture est sur la sellette : elle est en effet responsable d’une partie du changement climatique. Cependant, elle en subit aussi les conséquences et offre des solutions. A priori, qui pourrait donc contester l’utilité de promouvoir une agriculture intelligente face au climat ?
En 2014, des États (dont la France), des acteurs non gouvernementaux et des organisations internationales se sont réunis au sein d’une « Alliance mondiale pour l’agriculture intelligente face au climat ». L’objectif affiché : créer un environnement scientifique, politique et économique favorable au développement d’une agriculture qui « augmente la productivité et la résilience (adaptation) des cultures de manière durable, favorise la réduction/élimination des gaz à effet de serre (atténuation), améliore la sécurité alimentaire nationale et contribue à la réalisation des objectifs de développement du pays ».
Le concept d’«agriculture intelligente face au climat», sur lequel s’est construit l’Alliance mondiale, est notamment porté par les grands acteurs privés de l’agro-industrie, ainsi que par les pays disposant d’un secteur agro-industriel important. Les acteurs de ce secteur y voient une opportunité d’autopromotion et de développement de nouveaux marchés (par exemple pour les biotechnologies et la pétrochimie) et de nouvelles sources de revenus.
Par ailleurs, l’«agriculture intelligente face au climat» sert d’alibi aux décideurs politiques pour ne pas s’engager dans la transformation profonde des modèles de développement agricole et des systèmes alimentaires. C’est pourtant ce que requière la lutte contre l’insécurité alimentaire et contre les changements climatiques, au Nord comme au Sud. Cette Alliance passe à côté de l’objectif prioritaire de renforcement des agricultures familiales paysannes : celles où le travail et le capital restent principalement familiaux, celles qui entretiennent un lien très fort avec les territoires, celles qui peuvent porter une approche agroécologique, pour une bonne gestion des ressources naturelles locales. Ce sont les seules à mêmes de répondre véritablement au défi climatique et alimentaire et aux objectifs de lutte contre la pauvreté.
En légitimant un modèle agro-industriel à grande échelle, l’«agriculture intelligente face au climat» et son Alliance proposent une réponse inadaptée au double défi climatique et alimentaire. Les systèmes d’agriculture intensive en intrants chimiques et en énergies fossiles sont les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. Les cultures d’exportation pour les marchés internationaux, portées par l’agro-industrie, viennent aussi concurrencer les agricultures familiales paysannes et les cultures vivrières (pour l’accès aux terres et aux ressources naturelles, notamment dans les pays du Sud). Enfin, l’accès aux semences ou le recours à des intrants chimiques contrôlés par l’agro-industrie crée des situations de dépendance et de pauvreté piégeant les petits paysans, notamment dans les pays du Sud.
Avant la Conférence de Paris sur le climat, plus de 350 ONG du monde entier, dont le CFSI, ont lancé un appel, le 21-09-2015, demandant aux décideurs politiques de rejeter l’«agriculture intelligente face au climat» et de promouvoir l’agroécologie.
Contact : Pascal Erard, responsable plaidoyer du CFSI

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