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Nourrir le monde

En Guinée-Bissau : les femmes développent le sel durable dans les mangroves !

11/12/2019
Alberta Sambé, productrice de sel à N’Tchugal © Univers-Sel
Dans les mangroves d’Afrique de l’Ouest, la saliculture est pratiquée exclusivement par des femmes, dont elle assure 57 % des revenus.

Dans les mangroves d’Afrique de l’Ouest, la saliculture est pratiquée exclusivement par des femmes, dont elle assure 57 % des revenus.

Avec 2 000 à 3 000 tonnes de sel par an, la région Oio est la principale zone de production de sel en Guinée-Bissau.

Les femmes grattent la surface des terres salées puis filtrent la matière obtenue à l’eau de mer. Cette saumure est alors chauffée sur le feu pour en extraire le sel. Cette technique traditionnelle de production de sel est fortement consommatrice de bois de cuisson et exerce une importante pression sur la mangrove. 9 000 tonnes de bois de cuisson sont nécessaires chaque année pour obtenir 3 000 tonnes de sel. De plus, les femmes inhalent pendant des heures des vapeurs toxiques.

Univers-Sel, une association de paludiers de Guérande, membre du CFSI, s’est inspirée de la technique des marais salants utilisée en France, où les bassins naturels réchauffent l’eau et la filtrent naturellement. 

Adaptée au contexte africain, cette technique solaire est simple : au lieu d’utiliser le bois de chauffe pour faire cristalliser le sel, les saumures sont disposées sur des bâches où la cristallisation se fait sous l’effet du soleil et du vent.

Le coût d’une bâche est faible. Son utilisation permet de produire jusqu’à 1 tonne de « sel solaire » par bâche et par saison et réduit les coûts d’exploitation de 42 % par l’économie d’achat de bois de cuisson. Ces bâches pourront ensuite être réutilisées, par exemple pour isoler les toits des maisons.

« Cette nouvelle technique nous a beaucoup apporté. Nous avons pu produire du sel sans la fatigue que nous connaissions avant, sans feu, sans porter de bois, sans transporter d’eau. Tout cela nous épuisait, c’était dur. Mais à présent le travail s’est allégé, nous avons même produit davantage que les années précédentes. » Alberta Sambé, productrice de sel à N’Tchugal (secteur de Mansoa)

À l’horizon 2020, ce projet vise à diffuser cette technique de production de sel solaire dans une quarantaine de villages comptant 1 500 familles. Vous avez aimé ce projet ? Le CFSI a besoin de votre soutien, Faites un don.

 

Nourrir le monde

Au menu du festival ALIMENTERRE : une ouverture sur le monde

11/12/2019
Oumou Khairy Diallo en visite dans un élevage de vaches © CFSI, 2019
Chaque année, plusieurs invités internationaux viennent témoigner de leurs expériences pendant une quinzaine de jours à travers la France dans le cadre du festival ALIMENTERRE.

Chaque année, plusieurs invités internationaux viennent témoigner de leurs expériences pendant une quinzaine de jours à travers la France dans le cadre du festival ALIMENTERRE.

Ils se joignent au millier d’intervenants pour assurer un regard croisé des enjeux et des solutions dans le monde, pour une agriculture et une alimentation durables et solidaires. Du 12 au 26 novembre 2019, le CFSI a accueilli des invités venus du Sénégal et de Guinée-Conakry.

 

 

Pour Seyni Kebe, artisan du projet des cantines scolaires de la région de Dakar en tant que chargé de mission du GRDR, membre du CFSI, cette tournée, « ce marathon » comme il aime l’appeler, est une belle réussite. Si toutes les interventions se sont bien passées, il a pu constater la difficulté de convaincre sur les sujets d’une meilleure alimentation, particulièrement lorsqu’il est question de public scolaire. Il note que les débats sont plus efficaces lorsqu’ils ont lieu en petits groupes et qu’ils sont structurés par une animation dont les élèves sont les acteurs. De même, les débats associant plusieurs intervenants aux points de vue divergents renforcent davantage les discussions. Il a pu rencontrer différents types d’acteurs du territoire et est allé visiter plusieurs systèmes de restauration collective ainsi que plusieurs initiatives alimentaires territoriales. Dans l’ensemble, Seyni garde un très bon souvenir de cette tournée et compte bien poursuivre ses activités vers l’élaboration de systèmes agroalimentaires durables et solidaires au Sénégal.

Kerfalla Camara, directeur de la Maison guinéenne de l'entrepreneur, a l’habitude de dispenser des formations et de réaliser un travail de sensibilisation auprès des acteurs locaux. La tournée a été « très enrichissante » pour Kerfalla, Il a fait de très belles rencontres, il a pu intervenir à la Radio aux côtés de Marie Prinet, chargée de mission au CROSI, l’une des deux organisations coordinatrices du festival ALIMENTERRE en Occitanie (partie Midi-Pyrénées ; la partie Languedoc Roussillon étant coordonnée par LAFIBALA), ou encore visiter des exploitations agricoles du territoire. Il note le grand militantisme qu’il a rencontré au fil de ses déplacements. Des contacts ont été échangés, ce qui laisse entrevoir de futures collaborations.

Du côté de la sensibilisation, Kerfalla relève que le thème des migrations revient régulièrement dans les débats, ce qui en fait selon lui une bonne porte d’entrée pour discuter des sujets qui s’y rattachent, comme l’agriculture, l’alimentation ou le développement. Vis-à-vis des scolaires, Kerfalla soulève l’efficacité des activités « brise-glace » telles que les débats mouvants et autres pour faciliter la prise de parole des étudiants. Il faut également selon lui, insister sur la question des organisations paysannes et du fonctionnement des coopératives.

Oumou Khairy Diallo est éleveuse laitière. Elle est présidente du Directoire régional des femmes en élevage de Kaolack au Sénégal, mais aussi membre de plusieurs organisations paysannes. Elle milite au quotidien auprès des femmes, auprès des jeunes, afin de promouvoir une agriculture familiale, durable, qui soit rémunératrice pour les travailleurs et les travailleuses agricoles et juste pour tous. Elle a beaucoup apprécié la chaleur des accueils et remercie les bénévoles et les coordinations territoriales organisatrices du festival pour cela. Oumou a particulièrement apprécié de « se remettre dans son ancien métier » d’enseignante auprès des publics scolaires où elle aimait déconstruire les mots « agri-culture » pour reconstruire du sens et remettre la question de la production locale au goût du jour. Des adresses ont été échangées et des contacts ont été pris.

Cette tournée, riche en partages, découvertes et ouverture sur le monde, a été un franc succès. Le festival ALIMENTERRE 2019 s’est terminé le 30 novembre. Rendez-vous l’année prochaine à partir du 15 octobre 2020 !

 

 

Nourrir le monde

Egalité femmes–hommes « Les éleveuses doivent reprendre leur place dans la filière lait »

11/12/2019
Maïrama Haman Bello, Apess © CFSI, 2019
De passage à Paris le 18 novembre 2019 à l’occasion d’une réunion de travail sur la thématique de la défense du lait local en Afrique de l’Ouest

De passage à Paris le 18 novembre 2019 à l’occasion d’une réunion de travail sur la thématique de la défense du lait local en Afrique de l’Ouest, Maïrama Haman Bello, responsable formation professionnelle à l’Apess Cameroun, nous livre son témoignage sur la place des femmes dans l’élevage laitier.

 

 

Le risque d’éviction des femmes 

En Afrique de l’Ouest, les femmes rurales jouent un très grand rôle dans les activités agricoles et dans celles qui créent de la valeur comme la transformation des produits. Mais les associations qui sont sur le terrain remarquent que, souvent, elles ne jouissent pas des mêmes opportunités dans l’accès aux ressources (à la terre, au crédit…) et dans les prises de décision. Elles courent aussi le risque d’être évincées dès que les activités se développent.

« Le lait c’est l’affaire des femmes » dit-on au Sénégal. « C’est leur pouvoir », selon une expression au Niger. Et pourtant lorsque sa production devient plus rentable ou qu’elle devient moins pénible, des femmes ont pu s’en voir dépossédées. Mais le lait n’est qu’un cas parmi d’autres qui appelle à la vigilance. L’éviction des femmes a pu être observée dans des filières agroalimentaires, suite à l’introduction d’équipements ou de procédés qui ont réduit le temps de travail, amélioré les rendements et les marges. Les hommes, absents du secteur de la transformation, s’y sont alors intéressés. Quelques exemples concernant la transformation des céréales ou le fumage du poisson au Sénégal montrent que ces derniers ont pu acquérir des équipements et des crédits pour développer leurs activités commerciales plus facilement que les femmes.

Le rôle prépondérant de l’accompagnement

Il est primordial que les organisations parviennent, par une meilleure prise en compte du genre au sein des projets, à anticiper le risque de perte de revenus et de renforcement des inégalités entre femmes et hommes. Plus le risque d’éviction des femmes des activités devenues rémunératrices (ou moins pénibles) est fort, plus le type d’accompagnement est déterminant.

En témoigne un exemple de projet au Nord Sahel, dans un contexte social où la relation entre femmes et hommes est très codifiée et où le risque d’accroissement des inégalités de genre n’a pas été anticipé. Les hommes dominent dans la sphère publique, dans le dialogue avec les acteurs institutionnels, etc. Or, ce sont le plus souvent les femmes qui traient les vaches, donnent à manger aux animaux et vendent le lait caillé. Elles possèdent également une partie du troupeau. Quand des laiteries se sont installées, les maris sont devenus les interlocuteurs privilégiés qui livrent la laiterie. Les femmes ont perdu la gestion des revenus du lait.

Un autre projet, dans le bassin de Kollo au Niger, a au contraire traité différemment la problématique de la place des femmes. Elles ont réussi à conserver leur place dans la filière lait et leurs revenus grâce à l’attention portée à la répartition des revenus et des tâches, à la formation et à la concertation entre les parties prenantes tout au long de la construction du projet.

En tant qu’acteurs du développement, le CFSI et ses partenaires s’attachent à créer de nouvelles dynamiques et à jouer un rôle moteur en faveur des égalités entre les sexes tout au long des projets qu’ils soutiennent. Pour cela, ils ont besoin de votre soutien. Faites un don.

Nourrir le monde

Au Sénégal : contre la faim, du pain au céréales locales pour toutes et tous

11/12/2019
Boulangers distribuant du pain à des enfants au Sénégal © Sol
Avec un taux de pauvreté évalué à 46,7 % en 2011, 17 % de la population sénégalaise souffre encore de malnutrition et 9 % des enfants âgés de 6 mois à 5 ans de malnutrition aiguë. 

Avec un taux de pauvreté évalué à 46,7 % en 2011, 17 % de la population sénégalaise souffre encore de malnutrition et 9 % des enfants âgés de 6 mois à 5 ans de malnutrition aiguë. 

Au Sénégal, le pain est devenu la base du petit-déjeuner. La consommation moyenne annuelle par habitant est passée de 19 à 26 kg entre 2000 et 2016, provoquant sur cette même période le doublement des importations de blé, qui ne pousse pas en Afrique de l’Ouest. 

Comment créer des activités économiques viables, valoriser les céréales locales et donner accès à une alimentation de qualité aux populations les plus vulnérables ? 

Le maïs et le mil poussent très bien au Sénégal. Ils sont en outre plus riches en nutriments et permettent de doubler les apports en minéraux et vitamines par rapport au blé. L’association Sol, membre du CFSI, a commencé ce projet de valorisation des céréales locales en 2011 avec des partenaires locaux. L'idée est de les transformer en beignets ou de les incorporer dans le pain blanc.

Grâce à la formation et à l’accompagnement de 150 exploitations familiales, 40 boulangers éloignés de l’emploi et 180 transformatrices, l’association crée au fil des ans les conditions économiques de développement de produits de base locaux, sains et nutritifs au sein de 72 villages.

Femmes préparant le pain au Sénégal © Sol« J’ai 50 ans et je suis née ici, au village de Koulouck Molof. Je suis maman de 7 enfants. J’ai commencé à faire des recettes de beignets de maïs et de mil suite à une formation en 2011. La recette est proche de celle de nos grands-mères, qui ajoutaient de l’arachide et du miel. Ces beignets accompagnent le café à merveille et sont pleins de nutriments pour les enfants. » « Il suffit de 2 ou 3 beignets pour les rassasier contre 5 petits pains de blé à 500 FCFA auparavant. Désormais je cultive l’arachide, le mil et le maïs moi-même. » Ndaye Fall et Mbacke Ndiaye des villages de Koulouck Molof et de Boudel.

Le CFSI accompagne ce projet sur une durée de 3 ans de façon à porter à 250 le nombre de boulangers et transformatrices formés. L’objectif est de pérenniser la filière en impliquant 3 collectivités locales dans la promotion des céréales locales. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien. Faites un don.

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